Edition 8 / 2011


Article - Doris Leuthard, Présidente de la Confédération

Succès économique grâce au pragmatisme

La Suisse progresse, pas seulement sur le plan économique. Nous obtenons les meilleurs rangs dans les classements internationaux et nous avons relativement bien maîtrisé la crise économique. Malgré tout, nous devons poursuivre nos efforts car la concurrence que se livrent les Etats ne va pas diminuer; nous sentons une pression croissante de l’étranger, et le rythme de la mondialisation s’accélère.

Sommes-nous en mesure en Suisse, avec nos structures politiques, de relever ces défis? Notre système de concordance estil toujours adapté à notre temps? Ne seraitil pas plus efficace d’avoir une seule force politique qui nous gouverne? Les résultats seraient peutêtre plus rapides, mais les solutions soutenues et acceptées par une large majorité sont meilleures et surtout plus durables.

La crise économique l’a aussi démontré. Ni le non catégorique de la droite dure aux mesures de stabilisation de la Confédération, ni les paquets conjoncturels disproportionnés demandés par la gauche ne nous auraient conduits là où nous sommes aujourd’hui, sur la voie de l’amélioration. Tant s’en faut, c’est grâce à la politique du centre et à la bonne collaboration avec les cantons que nous avons pu mettre en oeuvre avec célérité et pragmatisme les mesures de stabilisation conjoncturelles. Aujourd’hui, nous nous retrouvons – contrairement à de nombreux pays – avec une dette publique qui ne s’élève qu’à 39% de notre PIB et avec u  taux de chômage à la baisse. Nous pouvons en être fiers.

Toutefois, il est encore trop tôt pour baisser la garde. Il faut continuer à faire preuve de bon sens, de pondération et de pragmatisme, car la place économique suisse va ressentir encore longtemps les effets de la crise. D’une part, en tant que pays fortement exportateur, nous sommes très dépendants de l’étranger. D’autre part, un déplacement des centres de gravité économiques va s’opérer. Ces prochaines années, la croissance viendra de l’espace asiatique. Les EtatsUnis participeront aussi à la croissance mondiale, car ils ont un grand retard à combler dans le domaine des technologies propres. Par contre, l’Europe doit s’attendre à une croissance plus lente en raison de l’endettement élevé des Etats, de l’avenir incertain de l’euro, d’un glissement du paysage industriel vers les nouvelles technologies ainsi que du vieillissement de la population.

Dans ce contexte, la Suisse devra se positionner. Nous réussirons dans cette entreprise si la science et l économie prennent en compte les signes d’une nouvelle ère technologique et élaborent des solutions en conséquence. Les nouvelles technologies propres représentent un potentiel important pour la place économique suisse et la création d’emplois. Nous avons des spécialistes compétents qui sont en mesure d’accroître l’efficacité des agents énergétiques tout en préservant les ressources naturelles. Nos entreprises peuvent convaincre avec leurs produits. Nous avons le potentiel de recherche nécessaire et un environnement propice à la recherche pour développer des solutions à toutes les questions que l’avenir nous réserve. Ceux qui réussissent à utiliser efficacement les ressources naturelles, voire à les remplacer, seront les gagnants de demain.

Nous pouvons nous positionner avec succès si la politique joue le jeu et crée des incitations favorisant un comportement responsable. Pour ce faire, il ne suffit pas d’en appeler à plus d’Etat ou de dire non par principe. Si nous voulons trouver des solutions durables, il f ut avoir la volonté de construire un compromis politique. C’est le propre de la concordance. Les chemins peuvent être plus longs et ils coûtent parfois beaucoup d’énergie. Mais c’est le consensus et pas la confrontation, c’est le pragmatisme et pas le désir de se profiler qui ont fait avancer la Suisse. Je suis convaincue par ce modèle de succès.


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30-Oct-2009, 10:44 AM
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