Edition 1 / 2012


Article - Stefan Meierhans, Préposé à la surveillance des prix

Ce n’est pas un cadeau!

«Ce n’est pas un cadeau!» – c’est ainsi que l’on commente des situations qui suscitent un sourire compatissant voire ironique. La remarque est railleuse car le cadeau se révèle être une charge, un présent indésirable. Ceux qui profitent aujourd’hui du libre-échange pour commander par exemple des marchandises sur Internet se voient parfois confrontés à de tels cadeaux. 

Lorsqu’une marchandise commandée sur Internet vient de l’étranger, il faut en général s’acquitter de taxes supplémentaires. Celles-ci peuvent même dépasser la valeur de l’objet. C’est ce qui est arrivé récemment à un citoyen qui avait commandé un porte-journaux: le prix de la marchandise était d’environ quarante francs suisses alors que les frais de dédouanement s’élevaient à plus de cinquante francs. Il s’est adressé à moi pour se plaindre du prix. Comme je peux comprendre sa colère! Conclusion: on est puni lorsqu’on essaie de trouver la meilleure offre sur le marché! Toujours est-il – et ce n’est qu’une remarque en marge – qu’en tant que Préposé à la surveillance des prix, j’ai réussi à négocier des accords avec la Poste et avec l’entreprise de logistique DHL afin d’endiguer ces taxes exorbitantes et nous avons obtenu des réductions allant jusqu’à cent pour cent. Et, ce faisant, nous avons contribué à ce que moins de gens se mettent en colère après avoir commandé des cadeaux empoisonnés sur Internet. 

Pas toujours un cadeau?

Une autre catégorie regroupe les articles qui sont présentés comme des cadeaux. Mon expérience: plus on vante un cadeau, plus il faut s’en méfier. Il existe de nombreux exemples: lors de l’achat d’une couverture chauffante, vous recevez gratuitement des figurines en argile. Ou, à l’achat de trois tubes de dentifrice, le quatrième vous est offert. Ou encore, vous recevez ce journal gratuitement, c’est un cadeau. Faut-il y croire? Devez-vous vous estimer heureux d’avoir reçu un cadeau? La vérité est: non, car vous ne recevez aucun cadeau. On vous a mené en bateau!

Dans le monde économique, on ne distribue pas de cadeaux à tout va! Soit vous avez déjà payé le cadeau et vous recevez uniquement le rabais qui vous revient (par exemple un quatrième paquet gratuit). Ou vous ne payez pas avec des francs et des centimes mais par exemple par votre attention. Pensez aux journaux gratuits ou aux chaînes de TV privées suisses ou étrangères qui sont en général financées essentiellement par la publicité. Vous payez en vous exposant à la publicité, en tant qu’objet répondant aux efforts de marketing les plus divers. 

Ne me comprenez pas mal: sur le principe on ne peut rien objecter contre cela. Finalement, c’est toujours vous qui décidez de croire à la publicité et de dépenser de l’argent pour acheter tel ou tel produit. Toutefois, il est important de déchiffrer ces mécanismes car ils sont omniprésents. Par exemple avec les points Cumulus, les Supercards, les trophées casseroles, les comptes de Miles, les nanos et les images à coller distribués par divers commerces de détail.

Quel est mon souhait?

Comme Noël approche, je termine par un souhait qui est bien entendu lié aux propos que j’ai tenus ci-dessus. Je souhaite davantage d’honnêteté intellectuelle aussi dans la publicité. Chers vendeurs, réduisez massivement vos départements de marketing. N’utilisez que des programmes de fidélisation de la clientèle qui rendent effectivement vos clients plus fidèles et réduisez ainsi les coûts moyens. Par ailleurs, je suis personnellement d’avis que la qualité et le service sont les meilleurs programmes de fidélisation de la clientèle. Avec l’argent restant, vous pouvez directement baisser les prix. Et nous n’aurons plus une multitude de cartes de clients, de coupons-rabais et autres bons actions dans nos porte-monnaie. Un scénario gagnants- gagnants!

Au fait, je n’exclus pas la politique de mon voeu. Que de promesses nous sont faites, notamment en période électorale. Peut-être que les résultats de cet automne sont un signe que la population en a assez de la polarisation dans notre pays, des promesses maximales de la gauche et de la droite qui se sont toutes avérées être de «faux cadeaux». Il est possible qu’en examinant leur matériel électoral, les gens aient pensé: si nous élisons celles et ceux qui font des promesses maximales et des promesses de cadeaux, alors «ce ne sera pas un cadeau!» 


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30-Oct-2009, 10:44 AM
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