Article - Jacques Neirynck, conseiller national

Une bonne innovation s'encraine dans une juste tradition

Cela s’appelle la continuité, l’art de ne pas créer de rupture. Ce n’est pas à la portée de tous les régimes politiques. Certains, fondés sur la dictature d’un homme providentiel ou sur la prédominance d’une oligarchie, ne parviennent pas à évoluer, se cramponnent à des lois (ou une absence de loi) élaborées dans un contexte dépassé. A un certain moment, la réalité l’emporte sur la fiction. Il en résulte des convulsions violentes,  comme celles qui agitent maintenant le Sud de la Méditerranée.

Par opposition à cette histoire chahutée, la Suisse a la passion de la continuité. Les institutions, les lois, les moeurs mutent en profondeur, en restant identiques en apparence. Le pouvoir fédéral de 2012 est démesuré à l’aune de ce qui avait été imaginé en 1848, mais il n’a fallu ni révolution, ni guerre civile pour en arriver là. La nécessité de centraliser a été reconnue, non sans réticences et retards, mais elle a fini par s’imposer. De même les concordats intercantonaux gèrent à un étage intermédiaire ce qui ne peut être ni décentralisé, ni centralisé.

Telle est la vertu de la démocratie authentique. Elle permet de calquer l’évolution des institutions et des lois sur celle des moeurs et des opinions. Un vieil adage latin, rédigé par Horace dans sa vingt-quatrième ode, affirmait: «Quid leges sine moribus, quid mores sine legibus?», ce qui signifie en français: «Que sont les lois sans les moeurs, que sont les moeurs sans les lois?». A quoi sert-il de formuler des lois qui ne seront jamais observées parce que l’évolution des moeurs les a dépassées ou encore parce que les lois dépassent les moeurs?

La règle d’or

Toutes les questions passionnelles en politique obéissent à cette règle d’or : le divorce, l’avortement, la contraception, l’homosexualité, la peine de mort, la torture, l’objection de conscience, le secret bancaire, l’alcool au volant, etc… Ce qui était interdit est devenu autorisé, ce qui était autorisé est devenu interdit quand le problème a mûri au sens quasiment agricole du terme. Alors que la marque même d’une dictature, ouverte ou larvée, est de rendre obligatoire tout ce qui n’est pas interdit, d’interdire tout ce qui n’est pas obligatoire, et de n’en pas démordre.

Pression sur les moeurs

En sens inverse, la loi doit parfois exercer une douce pression sur les moeurs pour les faire évoluer: que seraient les moeurs sans les lois? C’est ce qui s’est passé avec les accidents de la route: 349 morts en 2010 contre 1773 en 1971. Il a fallu lutter contre les excès de vitesse, imposer la ceinture et l’airbag, réduire l’alcoolémie. Autant d’innovations qui allaient à l’encontre de la tradition machiste du mec au volant, engagé dans des courses périlleuses pour affirmer sa virilité. En voiture aujourd’hui, on se déplace, on n’essaie plus de se dépasser.

En politique helvétique, on concilie tradition et innovation, loi de la majorité et respect de la minorité. Cela s’appelle la démocratie et cela ne s’invente pas à moins de sept siècles d’effort.


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De: ugggloves aifseng
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30-Oct-2009, 10:44 AM
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