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Chronique - Jacques Neirynck, Conseiller national
Noël à Rhäzüns
Le soir du 24 décembre, seul dans son bureau, le maître du château de Rhäzüns écoutait, selon son habitude, l’oratorio de Noël de son cher Jean-sébastien dans l’interprétation de référence dirigée par Philippe herreweghe. Dehors la nuit d’hiver était tombée et la neige tombait sans discontinuer. les routes étaient bloquées et ne seraient déblayées qu’au petit jour, mais le château constituait une oasis de chaleur, de lumière et de bien-être: il y aurait un réveillon avec dinde farcie, purée de marron, airelles avec une bouteille de Blauburgunder sonnenberghottingen 2009. le maître s’était abstenu de déjeuner dans cette perspective et son appétit croissant le titillait agréablement.
Cette méditation entre tympan et papilles gustatives fut interrompue par un doigt toquant doucement à la porte. C’était le majordome, Marwan de son prénom, que le maître avait décidé d’appeler Manfred pour faciliter son intégration. le syrien n’avait pas osé protester: aussi longtemps qu’il était dans l’enceinte du château, il ne risquait pas l’expulsion.
- Monsieur, un couple perdu dans la tempête de neige demande à passer la nuit.
- Ah! Pourquoi pas? Nous avons toujours une chambre prête pour des visiteurs. D’où viennent-ils?
- De Maaloula, Monsieur.
- Qu’est-ce encore que ce bled, Manfred?
- C’est mon village, Monsieur, en syrie. Un village chrétien où l’on parle encore l’araméen. Ils se sont enfuis parce que les musulmans les persécutent.
- Bien! N’essayez pas de prétendre qu’ils sont ici par hasard. Ils ont pris contact avec vous.
Le silence de Marwan valait aveu. le couple l’avait alerté par téléphone mais il aurait fallu lui arracher la langue pour qu’il le confirme.
- Je ne tiens pas une auberge, Manfred. Vous leur refusez l’entrée. Et ne discutez pas! Vous mériteriez que je vous licencie sur le champ! Et vous aurez un billet aller-simple pour la syrie.
- la femme est prête à accoucher. Monsieur, je ne puis pas les mettre à la porte. Vous auriez des difficultés avec la presse ou la police.
- Bien. ouvrez-leur le garage. Il est chauffé et donnez leur un matelas. Avec une alèze. Mais il n’est pas possible qu’un médecin vienne de Flims, comment va se passer l’accouchement?
- Chez nous, Monsieur, cela se passe naturellement. Ils ont emporté des langes.
Marwan s’éclipsa et le maître retourna à sa méditation esthétique et gastronomique en reprenant son audition de l’oratorio de Noël. Juste avant le réveillon, Marwan revint pour lui annoncer que la table était servie. le maître se souvint du garage et s’enquit de la situation.
- Tout s’est bien passé, Monsieur. l’enfant est né, c’est un garçon.
- Bien. Demain vous les ferez conduire à la clinique de Flims et vous préviendrez la police. Je ne tiens pas à être complice de sans papiers. N’oubliez pas de faire la déclaration de naissance à l’hôtel de ville!
- Oui, Monsieur. l’enfant a déjà un prénom choisi par ces parents: Immanouel.
Vous le déclarerez sous Immanuel. C’est le prénom de Kant. Espérons que cet enfant s’inspire de ce génie. Et maintenant je passe à table et je ne veux plus en entendre parler! A-t-on idée de déranger les gens un jour de fête!



